Une file de plus d’un kilomètre de long pour obtenir de l’aide alimentaire dans l’un des pays les plus riches d’Europe, sinon du monde. L’image a de quoi surprendre. C’est pourtant l’une des conséquences de la pandémie de Covid-19. À Genève, en Suisse, plus de 2 000 personnes, ont attendu des heures samedi pour recevoir un peu de pâtes, de l’huile et quelques conserves. Reportage.
« Normalement on ne demande jamais d’aide, mais vu la situation on peut venir aussi puisqu’on est dans le besoin. » Avec deux enfants à charge et un troisième en route, Mamanana n’a pas hésité longtemps avant de venir récolter un colis. Comme presque tout le monde ici, la jeune femme originaire de Guinée Conakry n’a plus de travail depuis le début de la crise.
« En fait, ce sont des gens qui travaillent, pas des gens qui vivent aux crochets de la société, explique Patrick Wieland coordinateur de la distribution pour MSF Suisse. Ces gens ont des boulots, mais sont sans papiers. À partir du moment où le virus a frappé, ils ont perdu leur travail, ils ne peuvent plus payer leur loyer, ils ne peuvent plus payer toutes leurs charges, et ils se retrouvent du jour au lendemain sans ressources. »
La pauvreté en Suisse touche près de 8% de la population. Une population qui n’a pas toujours de couverture santé. Le Dr Yves Jackson, des hôpitaux universitaires de Genève, remonte la file pour proposer de se faire dépister contre le Covid-19 :
« C’est la première fois que l’on permet à des personnes symptomatiques d’accéder aux tests gratuits parce que ces gens sont assez réticents à se faire tester, essentiellement pour des questions financières, donc il était important d’enlever cette barrière. »
Peu de personnes seront finalement testées. La plupart ne sont pas venues pour ça mais bien pour récupérer de quoi tenir quelques jours de plus. Car même si l’économie repart officiellement ce lundi, beaucoup savent qu’ils devront encore venir aux prochaines distributions.