Après cinq mois de vacance du pouvoir, le gouvernement formé par l’ex-chef du renseignement Moustafa al-Kazimi a prêté serment dans la nuit de mercredi à jeudi. Il hérite d’une économie à genoux, de relations diplomatiques au plus bas et de la menace de nouvelles manifestations face à l’austérité.
 
Après cinq mois de vacance du pouvoir, l’Irak s’est doté dans la nuit de mercredi 6 à jeudi 7 mai d’un nouveau gouvernement. Devant des députés masqués et gantés en raison du coronavirus, Moustafa al-Kazimi, 53 ans, ancien chef du renseignement ayant ses entrées à Washington comme à Téhéran, a prêté serment avec 15 de ses ministres.
 
Les portefeuilles – cruciaux et convoités par de nombreux partis politiques – des Affaires étrangères et surtout du Pétrole, dans le pays deuxième producteur de l’Opep, sont toutefois toujours vacants, comme cinq autres.
 
Dès jeudi, le nouveau gouvernement devra s’atteler à rassurer les Irakiens entre chômage technique généralisé – et donc perte de revenus – du fait du confinement, recettes pétrolières divisées par cinq en un an et l’idée évoquée par Bagdad d’imprimer des dinars irakiens qui fait planer les craintes d’une dévaluation massive.
 
Tourner la page
 
Mais aussi tenter de renouer avec la classe politique la plus fragmentée de l’Irak post-Saddam Hussein. En changeant de gouvernement – pour la première fois en cours de mandat depuis que les Américains ont renversé Saddam Hussein en 2003 -, Bagdad veut tourner la page de l’année et demie de pouvoir d’Adel Abdel Mahdi.
 
Moustafa Kazimi devra reprendre langue avec des Américains, dont les troupes sous le coup d’un ordre d’expulsion du Parlement jamais mis en application et qui ont une nouvelle fois été visées par trois roquettes mercredi matin.
 
Rendez-vous est fixé pour un « dialogue stratégique » à Bagdad avec une délégation américaine en juin. Les deux parties devront alors renégocier les précieuses exemptions américaines qui permettent à l’Irak d’acheter de l’énergie iranienne en échappant aux sanctions de Washington.
 
Champ de bataille interposée
 
En janvier, les États-Unis avaient failli précipiter l’Irak dans le chaos en assassinant le général iranien Qassem Soleimani aux portes de l’aéroport de Bagdad. Moustafa Abdel Mahdi, impuissant, n’a pu ni éloigner les deux puissances agissantes de leur champ de bataille interposée qu’est devenu l’Irak ni enclencher les réformes nécessaires au redressement politique et économique.
 
Non seulement, Moustafa Kazimi hérite d’un pays délabré, mais aussi d’un budget 2020 toujours pas adopté et déjà divisé par trois. Avec la chute vertigineuse du pétrole, seule source en devise du pays, son gouvernement sera celui de l’austérité.
 
De quoi refaire planer la menace d’une révolte alors que les braises de celle d’octobre couvent toujours, notamment sur la place Tahrir de Bagdad où campe encore une poignée d’irréductibles. Moustafa Kazimi leur a promis des élections anticipées mais aucun horizon ne semble se dessiner et le Premier ministre sortant a lui-même mis cinq mois à quitter son poste malgré sa démission.
 
Dans l’immédiat, comme le reste du monde, l’Irak doit affronter la maladie de Covid-19 – déjà 102 morts – alors qu’il tente toujours d’en finir avec les cellules de du groupe État islamique qui frappent toujours.
 
Avec AFP